Le jour où j’ai grimpé le Mont Blanc

Après une première partie d’article orientée sur mon ressenti face à ce géant blanc, je vous propose ici le récit de mon ascension que j’ai eu l’occasion de vivre dans le cadre d’un stage « Objectif Mont Blanc » de la Compagnie des Guides de Saint-Gervais / Les Contamines.

Une aventure alpine que je n’oublierai pas de si tôt…


L’ascension

Nous nous réunissons la veille avec nos guides pour discuter et statuer sur la faisabilité de l’éventuelle ascension du lendemain. Ils prennent en compte plusieurs paramètres comme la condition physique et les capacités de chacun, mais surtout des conditions météorologiques. Ils nous annoncent alors que les conditions sont bonnes et que nous pouvons tenter l’ascension. Je réalise à cet instant ce que cela implique et je m’inquiète de savoir si je serai à la hauteur…

Vers le Nid d’Aigle

Je me réveille en forme malgré une nuit courte et perturbée par de nombreux sursauts… Je n’ai pas très bien dormi. Après un rapide petit déjeuner, nous prenons le premier Tramway du Mont Blanc en direction de l’arrêt du Nid d’Aigle qui se situe à 2372 mètres d’altitude.

La beauté du paysage est sans précédent et l’élévation solennelle dans ces wagons de légende me rappelle la chance que j’ai d’être là. Mais j’ai toujours la boule au ventre et je suis taiseux, presque concentré. Le manque de sommeil ne me rassure pas surtout quand les guides évoquent la possibilité de faire toute l’ascension en une fois, la météo s’annonçant moins bonne le lendemain. Nous sommes en effet initialement censés passer la nuit à mi-chemin (au refuge du Goûter) avant d’entamer le reste de la montée le lendemain tôt au matin. Cela voudrait donc dire que nous aurions 2500 mètres de dénivelé positif à monter en une fois. Je suis sceptique mais je reste concentré sur le premier objectif de la journée : le refuge de Tête Rousse.

Vers Tête Rousse

Nous démarrons du Nid d’Aigle vers 09h00. Le début de la randonnée est agréable et le poids du sac ne m’accable pas. J’ai en effet emporté le strict minimum et je me réconforte dans l’idée que je me sens étonnamment très bien.

La vue sur la vallée de Chamonix et la mythique Aiguille du Midi est magnifique.

Arrivés à la cabane des Rognes puis au refuge Tête Rousse assez rapidement, nous rencontrons le sympathique sherpa népalais (employé par la commune) qui vérifie notre matériel et qui nous souhaite une bonne montée. Son rôle indispensable permet de sensibiliser et de tenter de limiter l’accès au sommet aux candidats sans expérience et/ou mal équipés. Il en va de même pour le camping en altitude…

Vers le Goûter

Le temps est venu de manger un bout, d’enfiler le baudrier, de mettre le casque et de me concentrer… Le tristement célèbre passage du grand couloir est en effet à quelques pas. Ce passage délicat est obligatoire avant d’entamer la montée finale vers l’Aiguille du Goûter avant le refuge. Avec la hausse des températures des rochers plus ou moins volumineux dévalent fréquemment ce « couloir de la mort ».

Après une observation attentive des lieux, nos guides nous mettent en garde et nous demandent de nous concentrer sur nos appuis pour accélérer la cadence (sans courir) pendant une cinquantaine de mètres. Le passage se fait sans encombre mais la cordées précédente constituée de Julien, Benjamin et de leur guide Renaud subit une chute de cailloux qui aurait pu être fatale.

La montagne est sans pitié et nous rappelle que chaque pas a son importance :  à chaque moment, tout peut basculer.

Nous progressons ensuite sur la pente rocheuse de plus en plus marquée vers l’Aiguille et le refuge du Goûter. Cet amas de rocs désordonnés et ses quelques câbles nous amènent assez vite au dessus. Je me sens définitivement bien et je suis très à l’aise sur ce genre de terrain où il faut de temps à autre escalader, malgré les quelques groupes que nous croisons dans des passages pas toujours très confortables. Il fait en effet assez beau et les candidats à l’ascension sont nombreux…

Ça y est, nous arrivons à l’impressionnant refuge du Goûter à 3815 mètres d’altitude ! Tel un OVNI venu des cieux, il trône fièrement sur son promontoire et est le point de départ de la plupart des courses vers le sommet de l’Europe occidentale, situé mille mètres plus en haut.

Là, j’avale quelques barres de céréales et je m’hydrate davantage afin de prévenir tout risque de malaise. Je me sens cependant étonnement bien malgré l’altitude. C’est la première fois pour moi que je vais aussi haut en montagne, mes précédentes escapades alpines s’arrêtant à 3600 mètres d’altitude. Cela amplifie mon excitation mais la prochaine décision va vite me modérer…

Prise de décision

Les guides nous proposent en effet de continuer notre chemin et de tout monter en une fois jusqu’au sommet car nous semblons tenir le rythme et montrer de belles capacités physiques pour encaisser ce « défi ». Et quel défi ! Je suis assez perplexe mais pas forcément réticent. Me sentant bien et voyant le ciel d’un bleu magnifique (en sachant que le lendemain risque d’être plus mitigé d’un point de vue météo), je décide de suivre mes compagnons sans broncher…

Alea jacta est !

Il est donc 13h30, nous avons avalé 1500 mètres de dénivelé en une matinée et si tout va bien, nous devrions atteindre le sommet vers 18h00 après 1000 mètre de dénivelé supplémentaire dans les jambes. Ce n’est pas rien et j’en suis conscient. Mais je reste concentré sur la montée vers notre prochain objectif qu’est le Dôme du Goûter.

Vers le Dôme du Goûter

Nous croisons pas mal de monde qui rentre vers le refuge… Il est en effet davantage l’heure de descendre que de monter ! Mais cela ne me tracasse guère. Encordés, nous montons donc vers ce dôme d’une blancheur aveuglante. C’est un véritable désert de glace en pente raide. Il fait chaud, je commence à sentir l’effet de l’altitude et à manquer de souffle. Mon cœur bat la chamade devant des paysages d’un autre monde.

Nous arrivons au sommet en ayant franchi le cap des 4000 pour redescendre un peu de l’autre côté et enfin apercevoir la suite…

Vers le refuge Vallot

Situé au dessus d’une pente verglacée que nous atteignons et franchissons assez rapidement, il est la dernière étape avant l’arrête finale. L’excitation s’installe autant que la fatigue. Mon souffle est de plus en plus court malgré ma motivation et je commence sérieusement à faiblir, nous sommes à 4362 mètres d’altitude.

Vers l’Arrête des Bosses

Une fois le refuge passé, nous continuons à monter pour arriver sur un replat crevassé et entamer directement l’arrête des Bosses. Cet étroite lame immaculée, coupante et vertigineuse conduit d’une bosse à l’autre vers l’arrête sommitale. Le paysage est dangereusement magnifique et c’est pour moi le passage le plus impressionnant de la montée…

Épuisé, j’en oublie de filmer ou prendre des photos. Je commence vraiment à faiblir et à perdre le contrôle de mes pas. Je pense que notre guide Alexis le sent. On stoppe alors quelques secondes sur l’étroite arrête tout en stabilisant nos appuis, il ne s’agit pas de glisser. Alexis trouve directement les mots pour me booster :

Tu suis mon rythme et tu ne lâches pas Max, on est presque au dessus !

Et là je réalise que je dois continuer d’avancer, mais je dois puiser mes dernières forces pour y arriver. C’est un moment assez unique et dramatique. Je reprends le piolet en mains après m’être satisfait d’une énième barre de céréales et j’emboîte le pas sur le guide. Un pied devant l’autre, ou plutôt de profil, les mollets commençant à s’enflammer.

Vers le sommet

Pas après pas, lentement et en symbiose, nous avançons vers l’arrête finale qui finit par se dérouler. L’émotion m’envahit et me motive à avancer plus dynamiquement. Mon souffle court n’est devenu qu’un détail, mon rythme cardiaque s’accélère : on arrive enfin ! Il est presque 18h00 et cela fait 4 heures et demi que nous montons depuis le Goûter…

Et puis le sommet apparaît au fur et à mesure de nos pas devenus plus légers. C’est le plus bel instant de cette aventure. L’arrivée est juste indescriptible. Je ne sais que dire sur le moment, je suis juste ému et épuisé.

Piolet en l’air, je m’avance vers mes compagnons de cordée en les entendant crier de joie. Celle-ci est à son paroxysme et un sentiment puissant de soulagement m’envahit : nous y sommes arrivés, j’y suis arrivé !

L’espace de quelques secondes, d’une minute peut-être, un shoot d’émotions me transperce. Je remercie chaleureusement Alexis mon guide pour ses encouragements et ses précieux conseils, sans oublier Antoine Dénériaz (médaillé d’or aux J.O. de Turin en 2006 en descente ski alpin), mon sympathique compagnon de cordée. Je m’avance ensuite vers la cordée de Julien, de Benjamin et leur guide Renaud arrivés au sommet depuis quelques minutes. Leur visage fatigué laisse également apparaître une joie indescriptible… Je suis ravi et fier de les saluer.

 

Une heure d’ascension dans les montagnes fait d’un gredin et d’un saint deux créatures à peu près semblables. La fatigue est le plus court chemin vers l’égalité, vers la fraternité.

Friedrich Nietzsche

Il ne manque à cet instant que Dimitri qui a préféré rester au refuge (pour réussir son ascension le lendemain matin), mais aussi Stéphanie et Rodolphe qui n’ont malheureusement pas pu monter avec nous. Et puis j’ai une pensée pour ma maman qui doit certainement s’inquiéter derrière l’ordinateur qu’elle aura eu du mal à allumer, et finalement pour mon papa qui était là à ma place il y a des années et qui n’a pas pu profiter d’une si belle météo…

Je suis ému et heureux. Fatigue et émotion se mélangent pour laisser monter les larmes, cela faisait longtemps que cela ne m’était plus arrivé. On m’avait dit que je ne pourrai pas les retenir, c’était donc vrai…

Et pour cause, le spectacle est absolument grandiose. La vue à 360° est indescriptible… Seuls au sommet en cette fin de journée magnifique, rien de tangible nous égale à des kilomètres à la ronde. On a littéralement l’impression de survoler tout ce que l’on voit. Je plane et je profite de l’instant avant de refroidir en quelques secondes. Ce moment sera à jamais gravé dans ma mémoire, dans nos mémoires.

 

La montagne est un décor intéressant dans la mesure où on ne contrôle plus entièrement sa vie.

 Ruben Östlund

 

Le vent se lève et il ne faut malheureusement pas tarder à redescendre.

La descente

Je subis la descente autant que la montée… Mon corps est épuisé et mes jambes lâchent après l’arrête, où j’ai donné tout ce qu’il me restait de concentration et d’énergie. Je m’effondre même quelques fois de fatigue après le dôme. L’autre cordée semble plus vivace et prend de l’avance pour nous réserver un repas au refuge qui ne sert plus de repas chaud après 20h00…

Les dernières minutes sont vraiment pénibles et je finis par me torde légèrement le genou dans la neige molle. Mais le refuge du Goûter apparaît et nous attire. Nous l’atteignons finalement à 20h30 et pouvons profiter d’une bière et d’un repas chaud !

Je m’endors totalement épuisé et fiévreux mais la nuit est récupératrice. La descente du lendemain se fait aisément par le même chemin qu’à l’aller, légers et heureux de notre course…


La vidéo

Voici les images qui résument bien cette magnifique semaine…

 


Vivez la même aventure !

Il aura fallu des années de randonnée et quelques expériences alpines, mais surtout une superbe opportunité pour que je me lance sur le toit de l’Europe occidentale. Et je ne le regrette pas une seconde… Que ce soit pour l’aspect sportif,  pour un challenge personnel, pour le goût de l’aventure, ou même par curiosité, les motivations pour aller « là haut » sont nombreuses et parfois contradictoires. Mais chacun y trouve finalement son compte.

Pour moi il s’agissait d’un défi et je suis fier d’avoir pu le relever. Mais je n’ai pas pu le faire sans préparation…

Quel matériel ?

Comme je vous le disais, avoir le bon matériel est important pour l’ascension. Il faut aussi pouvoir s’en servir. Merci particulier à Osprey, Julbo, Helly Hansen, Hydroflask et Simond Chamonix pour le matériel fourni. Sans m’étaler sur le sujet, voici une liste que j’avais pour l’ascension, je reviendrai certainement sur le sujet dans un article dédié.

Le sac à dos Osprey Talon 44, gros coup de cœur matériel de cette expédition… Je vous en parle prochainement.

De bas en haut :

Préparation physique

Etant professeur d’éducation physique et sportive et plutôt actif et régulier dans mes activités sportives  (randos, course à pied), je ne me suis pas spécifiquement affûté pour l’ascension. Mais il est conseillé de se préparer quelques mois à l’avance en insistant sur le cardio et l’endurance. Je vous en parlerais également plus tard…

Stage « Objectif Mont Blanc »

Mais même en parfaite condition physique, selon moi le Mont Blanc ne se grimpe pas sans guide.

Et si je peux vous conseiller une formule, c’est celle que j’ai pu tester ici. Ce stage remet « les choses à leur place » en proposant bien plus qu’une préparation. Il vise à faire prendre conscience aux participants de la réalité des choses : le milieu de la montagne est exigeant et l’ascension du Mont Blanc – bien que d’un niveau technique facile par la voie normale – n’est pas forcément accessible à tout le monde. Il permet surtout de mesurer ses capacités, initie à la progression encordée, forme à avoir et savoir utiliser le matériel adéquat et permet donc de mettre toutes les chances de son côté pour réussir l’ascension.

Toutes les infos sont dans le Programme de la semaine du stage « Objectif Mont Blanc ».

 

Si l’expérience vous tente, n’hésitez pas comme moi j’ai pu le faire.

Du début à la fin, cette semaine a été magnifique et s’est couronnée par ce sommet… Elle restera gravée dans ma mémoire et j’espère sincèrement que je pourrai tenter une nouvelle ascension de ce sommet qui vous transporte dans un autre monde !


Cette aventure n’aurait pas été possible sans la confiance de :

 
 

Merci à tous !

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Maxime

Auteur de cet article et fondateur de Trekking et Voyage.com. J’ai toujours adoré bouger, voyager, découvrir, rencontrer,… ainsi que tout ce qui touche de près ou de loin au grand air et à la nature et c'est avec avec plaisir que je partage avec vous ma passion pour la randonnée pédestre et autres escapades outdoor. Lire plus...

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